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    The Complete Poetry of Aimé Césaire

    Page 23
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      THE MOTHER

      I fear the bullet of your words, I fear your words of pitch and ambush. I fear your words because I cannot take them in my hand and weigh them. . . They are not human words.

      They are not words one can take in the palms of one’s hands and weigh in the balance striped by trembling roads. . .

      (The mother collapses).

      LA MÈRE

      J’ai peur de la balle de tes mots, j’ai peur de tes mots de poix et d’embuscade. J’ai peur de tes mots parce que je ne peux les prendre dans ma main et les peser… Ce ne sont pas des mots humains.

      Ce ne sont point des mots que l’on puisse prendre dans la paume de ses mains et peser dans la balance rayée de routes et qui tremble…

      (La mère s’écroule).

      THE REBEL (leaning over the dead or faint woman)

      Woman, your face is more worn than the pumice stone tumbled along by the river

      utterly, utterly,

      your fingers are more fatigued than cane crushed by the millwheel,

      utterly, utterly,

      Oh, your hands are crumpled bagasse, utterly, utterly,

      Oh, your eyes are straying stars utterly, utterly,

      Mother utterly worn down, leafless mother you are a flamboyant that now bears only pods. You are a calabash, and you are no more than a crop of gourds. . .

      (Pause).

      LE REBELLE (penché sur la morte ou l’évanouie)

      Femme, ton visage est plus usé que la pierre ponce roulée par la rivière

      beaucoup, beaucoup,

      tes doigts sont plus fatigués que la canne broyée par le moulin,

      beaucoup, beaucoup,

      Oh, tes mains sont de bagasse fripée, beaucoup, beaucoup,

      Oh, tes yeux sont des étoiles égarées beaucoup, beaucoup,

      Mère très usée, mère sans feuille tu es un flamboyant et il ne porte plus que les gousses. Tu es un calebassier, et tu n’es qu’un peuplement de couis…

      (Pause).

      A VOICE

      Assassin, he killed his master

      UNE VOIX

      Assassin, il a tué son maître

      A VOICE

      Cursed assassin, he is going to kill his mother

      UNE VOIX

      Assassin, maudit, il va tuer sa mère

      A VOICE

      Death to the assassin cut off his hands

      UNE VOIX

      Assassin à mort coupez-lui les mains

      A VOICE

      Kill him, kill him, gouge out his eyes.

      UNE VOIX

      À mort, à mort, crevez-lui les yeux

      A VOICE

      That’s it, let’s gouge out his eyes.

      UNE VOIX

      C’est ça, qu’on lui crève les yeux.

      THE REBEL (blinded)

      Chargers of the night, bear me away.

      LE REBELLE (aveuglé)

      Coursiers de la nuit, entraînez-moi.

      CHORUS

      The day is a closed-up house in a contagious rain

      The day is a shutting-down city in a poisonous night

      O galley-slave, o pilgrim, in the rain and in the doorless night

      your stooped steps, my stooped steps in the clearing without hands and without ears without water and without knocker tortured by sentinels

      LE CHŒUR

      Le jour est sous la pluie contagieuse une maison fermée

      Le jour est dans la nuit empoisonnée une ville qui se ferme.

      Ô galérien, ô pèlerin, sous la pluie et dans la nuit sans huis

      tes pas voûtés, mes pas voûtés dans la percée sans mains et sans oreilles sans eau et sans heurtoir torturée de sentinelles

      THE REBEL

      Chargers of the night bear me away. . .

      (Stepping toward the chorus).

      My children I am a king who possesses nothing

      LE REBELLE

      Coursiers de la nuit entraînez-moi…

      (S’avançant vers le chœur).

      Mes enfants je suis un roi qui ne possède rien

      CHORUS

      Arise O king

      LE CHŒUR

      Ô roi debout

      THE REBEL

      . . .Who possesses nothing

      LE REBELLE

      … Qui ne possède rien

      CHORUS

      Arise O king

      LE CHŒUR

      Ô roi debout

      THE REBEL

      Desert menders, baptize me.

      (With outstretched arms he lowers his face to the ground. One of the men pours dirt on his head and neck).

      LE REBELLE

      Ravaudeurs du désert, baptisez-moi.

      (Il s’incline face contre terre les bras écartés. Un des hommes lui verse de la terre sur la tête et la nuque).

      Mealy earth, my mother’s milk, hot on my neck, rich rivulet, semi-shadows, demand, direct. . .

      (He places his ear to the ground).

      Terre farineuse, lait de ma mère, chaud sur ma nuque, ruisseau riche, demi-ténèbres, exige, dirige…

      (Il approche l’oreille du sol).

      Oh footsteps; horseshoes, crawling larvae fattened in the valley of my ears. . . I am wounded. Oh oh I am wounded.

      (He stands up).

      Chargers of the night bear me away.

      Oh des pas ; des sabots de chevaux, de rampements de larves grossies dans la vallée de mes oreilles… je suis atteint. Oh oh je suis atteint.

      (Il se redresse).

      Coursiers de la nuit entraînez-moi.

      NARRATRESS

      countrysides of Babylon fire smoke plain standard a thousand diamonds Lucifer fair cavalier I have chosen a thousand diamonds Jerusalem stumbles a stone at its neck bloody postilion of frauds a thousand diamonds the day will sustain itself most pure with artifices I am going Ah I am going Ha Ha Ha jumping for joy exhausted cloven-hoofed. . . empty-handed. I am regret. . . black ship in the sun in the muddy but sure-footed boots of my fantastic connections.

      LA RÉCITANTE

      campagnes de Babylone feu fumée plaine étendard mille diamants Lucifer beau cavalier j’ai choisi mille diamants Jérusalem trébuche une pierre au cou postillon sanglant des fraudes mille diamants le jour se soutiendra très pur d’artifices je vais Ah je vais Ha Ha Ha tripudiant fourbue fourchue… les mains nues. Je suis le regret… bateau noir dans le soleil dans les bottes boueuses mais sûres de mes parentés fantastiques.

      NARRATOR

      And now behold the black boatman of the black storm, the watchman

      of black weather of rainy luck

      he knows only the storm

      walled up in the black passion of the black voyage

      a stubborn old man, frail black interrogation of fate in the lost

      cycle of summary currents

      but his battle is with winds and rocks

      not with his sex and his heart. . .

      Et maintenant le voici le nautonier noir de l’orage noir, le guetteur

      du temps noir et du hasard pluvieux

      il ne sait plus que l’orage

      muré dans la passion noire du voyage noir

      un vieillard têtu, fragile noire interrogation du destin dans le cycle

      perdu des courants sommaires

      mais sa bataille est avec les vents et les rocs

      non avec son sexe et son cœur…

      THE REBEL

      Go away I am only a man conquered

      withdraw

      I am only a man cut down

      given up and rejected

      I dedicate myself to the absolute wind

      I a defeated harvester of warm flesh

      exalted by the salubrious triumph of sea gulls

      (Pause).

      do you know Wagadugu the city of mud bricks

      LE REBELLE

      Va-t’en je ne suis qu’un vaincu

      retire-toi

      je ne suis qu’un coupé

      donné et rejeté

      je me dédie au vent absolu

      moi moissonneur vaincu de la chair tiède

      exalté dans le triomp
    he salubre des goélands.

      (Pause).

      connaissez-vous Ouagadougou la cité de boue sèche

      CHORUS

      Do not speak so

      LE CHŒUR

      Ne parlez pas ainsi

      THE REBEL

      Do you know Djenne* the red city?

      LE REBELLE

      connaissez-vous Djénné la cité rouge ?

      CHORUS

      Oh do not speak so

      LE CHŒUR

      Oh ne parlez pas ainsi

      THE REBEL

      Do you know Timbuktu?

      LE REBELLE

      connaissez-vous Tombouctou ?

      CHORUS

      Do not speak, do not speak. . .

      LE CHŒUR

      Ne parlez pas, ne parlez pas…

      THE REBEL

      I have spread my kerchief over the waters, over the waters of death.

      I have spread my kerchief, hey.

      lend me a parasol against the sun of Wagadugu.

      (Pause).

      LE REBELLE

      j’ai étendu mon mouchoir sur les eaux, sur les eaux de la mort.

      j’ai étendu mon mouchoir, hé.

      prêtez-moi un parasol pour le soleil de Ouagadougou.

      (Pause).

      because I have pulled all night on my chain

      because the links from so much yapping had dug into my black and twitching flesh

      the minutes parade around me

      like a pack of emaciated wolves

      like a herd of lashing whips

      like the knots of a ladder of rope and statutes

      recalcitrant subject perfect victim

      parce que j’avais tiré toute la nuit sur ma chaîne

      parce que les mailles à force de japper s’étaient fixées dans ma chair clignotante et noire

      les minutes autour de moi processionnent

      comme une bande de loups efflanqués

      comme un troupeau de coups de fouet

      comme les nœuds d’une échelle de corde et de statuts

      sujet indocile victime parfaite

      challenge riveted to the foreheads of ponds

      I do not converse with the gods

      I do not cure the possessed

      I do not hold the secret of Antiochus* Epiphanes

      nor of Herod the Great

      what are you waiting for to spit upon me

      the thick spit of centuries

      ripened

      défi rivé au front des mares

      je ne converse pas avec les dieux

      je ne guéris pas les possédés

      je ne sais pas le secret qui tua Antiochus Épiphane

      ni Hérode le grand

      qu’attendez-vous pour cracher sur moi

      l’épais crachat des siècles

      mûri

      over 306* years

      too late it is too late

      my friends I am at home for no one

      for no one

      except for the flood too soaked for the stars to burst in it

      except for the mud with burned eyes with burned sex

      in my eyes buffeted by alfalfa girls are running

      while sounding their river clogs

      their dustless arboreal voices

      en 306 ans

      trop tard il est trop tard

      mes amis je n’y suis pour personne

      pour personne

      sauf pour l’inondation trop détrempée pour que les étoiles y éclatent

      sauf pour la boue aux yeux brûlés au sexe brûlé

      des filles courent dans mes yeux cahotés de luzernes

      en faisant sonner leurs sabots de rivières

      leurs voix d’arbres sans poussières

      their slender torsos of bread, of plains

      and behold

      I have ordered for my funeral ceremony

      a herd of wild buffalo

      a hundred eunuchs sacrifices tumults

      a flight of throwing knives of copper assegais

      my body my body

      stretcher I shall not throw the wounded one to the dogs of the hawthorn

      (The moon rises).

      leur long corsage de pain, de plaine

      et voici

      j’ai commandé pour mes funérailles

      un troupeau de buffles sauvages

      un cent d’eunuques des sacrifices des tumultes

      un vol de couteaux de jet de sagaies de cuivre rouge

      mon corps mon corps

      brancard je ne jetterai pas le blessé aux chiens de l’aubépine

      (La lune monte).

      THE REBEL

      rotten moon

      the lover the beloved

      the fetish tree

      the lover the beloved

      the hill is a great bucket of water that does not cease to spill into the light of volcanic faults

      of eyelashes

      of lands

      LE REBELLE

      lune pourrie

      l’amant l’amante

      l’arbre fétiche

      l’amant l’amante

      la colline est un grand seau d’eau qui ne finit pas de tomber dans la lumière des failles

      des cils

      des terres

      the sky asked the frangipani for its fingerprints

      end of the worlds of numbers

      of course they lied I was not there

      at the adoration of the magi, I have going for me only my word

      by the grace of the young lands and the seismic basin

      and of the marshes flowered on the face of a wound

      le ciel a demandé au frangipanier ses empreintes digitales

      fin des mondes des nombres

      bien entendu on a menti je n’étais pas là

      à l’adoration des mages ; je n’ai pour moi que ma parole

      par la grâce des terres jeunes et du bassin sismique

      et des marais fleuris au front d’une blessure

      phoenix tiger beetle catalpa clear light

      my word power of fire

      my word breaking the cheeks of tombs of ashes of lanterns

      my word that no chemistry could tame nor encompass

      hands of milk without words without loincloth—dragon of the thaw

      my great desire savage naked black sagacious and brown.

      (Pause).

      phénix cicindelle catalpa lumière claire

      ma parole puissance de feu

      ma parole brisant la joue des tombes des cendres des lanternes

      ma parole qu’aucune chimie ne saurait apprivoiser ni ceindre

      mains de lait sans paroles sans pagne – le dragon du dégel

      mon grand désir sauvage nu noir sagace et brun.

      (Pause)

      Ho ho

      Their power is well anchored

      Acquired

      Required

      My hands bathe in heaths of clairin*. In paddies of roucou*.

      And I have my calabash of pregnant stars. But I am weak. Oh I am weak.

      Help me.

      Ho ho

      Leur puissance est bien ancrée

      Acquis

      Requis

      Mes mains baignent dans des bruyères de clairin. Dans des rizières de roucou.

      Et j’ai ma calebasse d’étoiles grosses. Mais je suis faible. Oh je suis faible.

      Aidez-moi.

      And behold I find myself in the stream of metamorphosis

      drowned blinded

      afraid of myself, frightened by myself

      Gods . . . you are not gods. I am free.

      Your voices merely cast back at me the stone of my own voice

      Your eyes merely envelope me with my own flames

      Your throwing knives whistling about my head burst

      Et voici je me retrouve au fil de la métamorphose

      noyé aveuglé

      apeuré de moi-même, effrayé de moi-même

      Des dieux… vous n’êtes pas des dieux. Je suis libre.

      Vos voix ne me jettent que la pierre de ma propre voix

      Vos yeux ne m’enveloppent que
    de mes propres flammes

      Vos couteaux de jet qui sifflent autour de ma tête jaillissent

      from the cactus thicket of my poisoned blood

      That’s alright. The willows are forming prairies of rusty crotons

      Poinsettias surround me and disgorge in the bile of their leaves?the red

      dagger of remembrance

      and behold the girls joining in

      and behold the girls of fire

      the chanterelles of hell

      du fourré de cactus de mon sang empoisonné

      C’est égal. Les saules font des prairies de crotons rouillés

      Les poinsettias m’entourent et dégorgent dans la bile de leurs feuilles

      le poignard

      rouge du souvenir

      et voici les filles qui s’en mêlent

      les voici les filles du feu

      les chanterelles de l’enfer

      red satin butterflies with wings more sonorous than speech or night

      their buttocks sweep the night with their floodlights

      the flamethrowers set fire to the brush of their breasts

      of their loins

      of their thighs of brown milk of black honey of red honey

      Hi ho love daddy

      les papillons de satin rouge aux ailes plus sonores que la parole et que la nuit

      leurs fesses balaient la nuit de leurs projecteurs

      les lance-flammes mettent le feu à la brousse de leurs seins

      de leurs reins

      de leurs cuisses de lait brun de miel noir de miel rouge

      He ho papa l’amour

      light light the fire

      light the fire with your red limbs

     


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